Plus de 2000 licenciés des bases militaires étrangères en Afrique au bord de la précarité

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- Author, Mamadou Faye
- Role, BBC News, Dakar
- Published
- Temps de lecture: 7 min
Un an après la fermeture de bases militaires étrangères en Afrique laissant au moins 2 000 travailleurs civils sans emploi dans certains des pays concernés, le sort de la plupart d'entre eux ne cesse de se détériorer. Malgré les indemnités de licenciement reçus de l'Etat français, au Sénégal par exemple, "certains sont encore débiteurs auprès des banques pour cause d'endettement" et traversent une situation "au bord de la catastrophe".
Pour beaucoup d'entre ceux qui sont licenciés des bases militaires étrangères après y avoir travaillé pendant des décennies, la vie a pris aujourd'hui une tournure plus que difficile.
La fermeture des bases militaires étrangères en Afrique a laissé au moins 2000 employés locaux sans emploi, et pour certains, après des décennies de loyaux services. Aujourd'hui, ils font face à leurs craintes d'hier : précarité et difficultés à trouver un emploi.
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Des bases militaires françaises ont été fermées en République centrafricaine, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, au Sénégal et en Côte d'Ivoire ; les pays ayant exigé le départ des troupes françaises. Mais d'autres pays occidentaux ont également fermé des bases militaires, notamment la base militaire américaine au Niger et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
Un an après la mesure de licenciement qui avait touché environ 859 travailleurs au Mali, 400 au Tchad, 350 au Niger, 162 au Sénégal et 280 en Côte d'Ivoire, la BBC a contacté des travailleurs touchés pour faire le point de la suite de leur situation.
Le nombre de travailleurs touchés en République centrafricaine et au Burkina Faso n'a pas été communiqué.

Crédit photo, Avec l'autorisation de M. Djibril Ndiaye
Au départ des forces étrangères, le personnel local qui travaillait avec elles n'avait nulle part où mettre à profit ses compétences et son expertise. Pire encore, ces ex-travailleurs n'ont plus de revenus pour continuer à s'occuper de leurs familles.
Les conséquences nées de cette situation les affectent profondément.
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Au Sénégal, contacté par la BBC, Djibril Ndiaye a déclaré que sa vie avait pris un tournant inattendu après 26 ans de service à la base militaire Frédéric-Geille de Ouakam, où il fait partie des 162 travailleurs qui ont été licenciés.
Père de quatre enfants, il y travaillait comme technicien supérieur en maintenance informatique et réseau. Djibril Ndiaye était également le soutien de sa famille élargie de 21 membres, dont il est l'aîné.
"Un an après la fermeture des bases françaises au Sénégal, le sort des personnels sénégalais ne cesse de se détériorer car leurs revendications auprès de l'Etat du Sénégal n'ont pas encore de suite après plusieurs relances auprès du président de la République", a révélé M. Ndiaye, secrétaire général du syndicat des ex-travailleurs des bases françaises.
Selon lui, malgré qu'ils aient reçu "leurs indemnités de licenciement de l'Etat français, certains (ex-travailleurs) sont encore débiteurs auprès des banques pour cause d'endettement".
"A cela s'ajoutent la perte de salaire, la problématique de la prise en charge sanitaire (80%) auparavant, la scolarité de nos enfants et leurs études supérieures, la difficulté à payer la location de logement", renchérit-il.
"N'ayant pas le choix, certains anticipent même leur retraite après 55 ans avec une pénalité annuelle de 5 % soit 25 % sur les 5 années. En résumé, le personnel sénégalais des ex-bases militaires françaises au Sénégal sont au bord de la catastrophe", précise Djibril Ndiaye, avec beaucoup de regrets.
"Nous demandons de l'Etat du Sénégal une justice sociale pour ses fils et éviter d'en faire les 'AGNEAUX DU SACRIFICE', car le souverainisme sans la dignité n'a pas de sens", a plaidé M. Ndiaye.
Parmi les travailleurs licenciés dans les différents pays, on trouve des spécialistes de l'informatique, des ingénieurs en télécommunications, des comptables, des mécaniciens et des cuisiniers.
"Nous avons tout ce qu'il faut pour être redéployés dans les services gouvernementaux", affirme M. Ndiaye.

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Au Niger, où 274 travailleurs sont concernés, Aboubacar Ousmane, qui a travaillé pendant plus de 20 ans à la base militaire américaine 101 de Niamey en tant que chef cuisinier, explique qu'ils ont été laissés dans le désespoir.
Aboubacar a sept mois de retard dans le paiement de son loyer de 50 000 FCFA, qu'il n'a pas pu payer en raison de la perte de son emploi et du non-paiement de ses indemnités de licenciement.
La situation n'est pas meilleure pour Rhissa Sadikan Saloum, comptable à la base militaire française de Niamey.
"La situation est très compliquée pour nous parce qu'il n'est pas facile de trouver un emploi aujourd'hui, après avoir travaillé pour les forces françaises", a déclaré M. Saloum à la BBC. Selon lui, lorsque les recruteurs apprennent qu'ils ont travaillé pour les forces françaises, ils deviennent réticents à les engager.
Au Tchad, quelque 400 anciens travailleurs des bases militaires françaises subissent également les conséquences de leur licenciement.
Que deviendront toutes ces personnes ?

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La plupart des pays où ces travailleurs sont affectés n'ont pas dévoilé publiquement leurs plans de réintégration de toutes les personnes concernées. Mais l'armée française, par exemple, a organisé un forum de l'emploi pour offrir des opportunités dans les entreprises locales aux 162 employés qui seront licenciés cet été.
Au cours de ce forum, environ soixante-dix entreprises ont proposé 300 emplois.
Le général de brigade Yves Aunis, commandant des éléments français au Sénégal (EFS), a également dévoilé un plan social pour les 162 travailleurs civils sénégalais qui perdront leur emploi en juin prochain. Il a également indiqué qu'une indemnité de 1,5 million d'euros (plus de 983 millions de FCFA) sera versée à ces travailleurs.
En outre, le général Aunis a déclaré que des ateliers seraient organisés pour ceux qui souhaitent créer des entreprises et devenir des entrepreneurs.
Toutefois, M. Ndiaye a déclaré : "Nous nous attendons à ce que le personnel soit réintégré ou redéployé dans les entreprises publiques ou dans la fonction publique, car il s'agit d'un personnel qualifié et expérimenté".
En Côte d'Ivoire, une source du ministère de la défense a déclaré à la BBC qu'il y avait un plan de licenciement pour 280 employés civils recrutés localement qui seraient touchés.
"Un plan de licenciement est en cours de préparation. Les autorités françaises et ivoiriennes y travaillent. Le reclassement de certains personnels civils est à l'étude en liaison avec les ministères ivoiriens concernés, notamment le ministère de la Défense", a déclaré une source non autorisée à faire des commentaires publics.
Selon cette source, il est possible qu'une petite partie du personnel concerné continue à travailler avec la centaine de militaires français qui collaborent avec l'armée ivoirienne sur le site de l'ancien 43ème Bataillon d'Infanterie de Marine (BIMA) à Port-Bouët, au sud-est d'Abidjan.
La BBC n'a pas pu obtenir de réponse officielle des autorités nigériennes, mais un employé du ministère du travail a déclaré que les travailleurs licenciés avaient essayé d'être intégrés dans la main-d'œuvre publique, mais que rien n'avait été fait jusqu'à présent.
Au Tchad, le message de la BBC au ministre de la fonction publique est resté sans réponse, et en République centrafricaine, il n'y a pas eu non plus de réponse officielle, mais une source a déclaré qu'il n'y avait pas encore de plan de réintégration.
Au Mali et au Burkina Faso, la BBC n'a pas été en mesure d'établir des contacts pour obtenir des précisions sur les travailleurs concernés de ces pays.
























